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Les Assassins de JF Kennedy
These are excerpts from Steve Rivele's unpublished French book Les Assassins de JF Kennedy. The excerpts were printed in L'Express, N. 1947, 4 Novembre 1988. An English translation follows the passages.
Les extraits du livre de Steve Rivele
J'étais allé faire quelques courses au supermarché du coin et je m'étais arrêté, comme d'habitude, au rayon des livres à prix réduit. Là, sortant du lot, je vis le << Rapport de la commission Warren sur l'assassinat du président John Kennedy >>. Comme je ne l'avais jamais lu, qu'il ne coûtait que 1,98 dollar, je le glissai dans le chariot, entre les couches-culottes et les Kleenex. (...)
Bien que le rapport Warren me parût écrit d'une manière remarquable, plus j'avançais dans le récit de cette journée à Dallas, plus je me sentais mal à l'aise. Manifestement, on avait établi les conclusions au mépris des faits, en prenant pour acquise la seule culpabilité de Lee Harvey Oswald. (...)
[Steve Rivele se rend à Dallas. Débute l'enquête. Rencontre ceux qui << savent >>. Gary Shaw, notamment, un architecte qui a consacré près de vingt ans de sa vie à l'affaire.]
C'est alors que je lui demande s'il connaît quelqu'un qui ait eu une connaissance directe de la conspiration et qui puisse m'en parler. Il me cite trois noms: deux Américains et un Français. Le Français s'appelle Christian David. (...)
Mais comment me mettre en rapport avec Christian David et les deux Américains? Si Gary ignore tout à fait où se trouvent ces derniers, le Français se trouverait actuellement dans une prison d'Atlanta, où il purgerait une peine pour trafic de drogue. Pour sa part, il lui a déjà écrit plusieurs fois, mais sans résultat. Je suggère avec espoir:
-Et si j'essayais
de lui envoyer une lettre en français?
-Bonne chance, me répond Gary. Parce que ce type-là, c'est un
sacré dur!
[Steve Rivele écrit à Christian David. En lui donnant un numéro de boîte postale pour une éventuelle réponse. Elle lui parvient quinze jours plus tard. David est désormais prisonnier au pénitencier de Leavemvorth. Rivele s'y rend en compagnie de Bernard Fensterwald, un avocat de Washington, qui, lui non plus, n'a jamais accepté la version officielle de la mort de Kennedy.]
Derrière une des portes vitrées, je vois apparaître un petit bonhomme barbu. Bien que je n'aie pas vu de photo récente de Christian David, je sais instinctivement que c'est lui. La porte s'ouvre et un gardien nous montre du doigt.
Il vient vers nous d'un pas souple, sûr de lui. C'est un homme trapu de 53 ans, les bnis nus. musclés, et la poitrine large. Mais le plus frappant, chez lui. est sa barbe. Peu fournie et grisonnante, elle lui tombe presque à la taille. Partant de son crâne dégarni, elle lui donne un air de patriarche tout à fait incongru. (.. ) Fensterwald déclare au prisonnier que, pour qu'on l'aide, il faut qu'il donne quelque chose en retour. Je traduis, tandis que David me regarde entre ses paupières plissées. Il s'attendait visiblement à une proposition de ce genre et il est sur ses gardes.
-Depuis des années,
poursuit Bud, le gouvernement américain prétend qu'un fanatique
isolé a assassiné le président Kennedy. La majorité
des Américains ne croient pas à cette version des faits. Si vous
êtes en mesure de clarifier la question, on pourrait peut-être s'entendre.
(...)
-Non, déclare-t-il lentement. Il y avait un complot...
-Comment le savez-vous? interroge Fensterwald.
-Le contrat m'a été proposé.
Il est impossible de dire s'il bluffe ou s'il révèle un secret qu'il cache depuis longtemps. J'interroge:
-Qui vous a offert
le contrat?
-Un homme important à Marseille, précise-t-il. Celui qui prenait
toutes les décisions. Il était le seul à pouvoir se charger
d'un contrat pareil.
[Rivele et les avocats américains de David tentent de s'opposer à l'extradition de David vers la France, où H doit être jugé pour le meurtre du commissaire Galihert. Ils obtiennent, dans un premier temps, son transfert à New York, à condition que le trafiquant << lâche >> de nouvelles révélations.]
-Alors, qui t'a
proposé le contrat?
-C'était Antoine, répond-il en regardant fixement ses mains croisées.
Il a une voix tellement résignée, en prononçant ce nom, qu'il est clair que. pour lui, je vais savoir immédiatement qui est Antoine. Or ce n'est pas le cas.
-Antoine qui?
-Guérini, précise-t-il, comme si cela allait de soi.
Le seul nom auquel j'aurais dû penser lorsque je lui ai présenté cette galerie de portraits à Leavenworth! Antoine Guérini a été le chef du milieu marseillais et le caïd le plus puissant d'Europe dans les années 50 et 60. Je lui demande quelques détails.
-C'était
en mai ou juin 1963. raconte-t-il. J'étais à Marseille. Chaque
soir, j'allais dans la boîte d'Antoine pour voir des gens qui me devaient
de l'argent. Un soir, Antoine m'a demandé de venir dans son bureau. Il
m'a dit qu'il avait un contrat important. Il voulait savoir si ça m'intéressait.
(...)
-J'ai demandé à Antoine qui était sur le contrat, reprend-il.
Un homme politique américain, rn'a-t-il répondu. Un parlementaire,
un sénateur? ai-je voulu ;,a\oir. Non. m'a-i-il dit, plus haut encore.
La plus grosse légume. J'ai su immédiatement de qui il voulait
parler. Je lui ai demandé où ça devait se passer, et quand
il a dit: l'Amérique, j'ai dit non merci. C'était trop risqué!
Ailleurs, n'importe où, j'aurais pu l'envisager, mais, dans ces conditions,
je n'étais pas assez fou.
Je traduis cela pour Jim, qui fait remarquer:
-Il a dit qu'il connaissait le nom de quelqu'un qui a accepte.
David me regarde, l'air fatigué, résigné.
-Lucien, articule-t-il lentement.
Mais le nom de famille de Lucien, David prétend ne pas le connaître. (...)
[David a été extradé. Rivale se rend à Bruxelles, puis il Marseille, où il acquiert la conviction que le << Lucien >> ilunt p.trle David n'eut autre que le truand corse Lucien Sai'ti, tué par la police mexicaine en 1972. A la prison de la Santé, à Paris, où il obtient le droit de le rencontrer, il te son hypothèse sur Chris-David. Qui lui raconte, in, le.s conditions exactes, 'on lui, de l'assassinat de Dallas.]
-Après toutes mes recherches, il semblerait que le Lucien dont tu m'as parlé, ce soit Sarti, non?
Il détourne les yeux.
-Tu savais bien que c'était lui! Alors pourquoi m'as-tu fait croire que tu ne savais pas son nom de famille? Pourquoi m'as-tu obligé à me donner tout ce mal?
Il m'adresse un regard en biais.
- Même s'il est mort, il y a sa famille...qui pourrait le venger à sa place.
Sans être une affirmation, c'est une confirmation indirecte de la participation de Lucien Sarti au meurtre.
-Est-ce Sarti qui t'a parlé de l'affaire?
Il opine en silence. Il a l'air plus renfrogné que jamais, mais, au moins, il ne refuse pas de répondre.
-Que t'a-t-il dit?
(...)
-Il m'avait dit que, six semaines ou deux mois auparavant, il avait quitté
la France pour Mexico, marmonne-t-il presque distraitement. Il y a passé
à peu près trois semaines, puis on l'a ramené en voiture
à la frontière, à Brownsville (...)Ils ont traversé
la frontière Brownsville. Sarti avait un passeport italien. Du côté
américain, un émissaire de la Mafia de Chicago était venu
le chercher. La conversation s'est faite en italien. Sarti parlait bien l'italien.
Ils ont roulé jusqu'à Dallas, mais ils ont évité
d'aller à l'hôtel. Ils ne voulaient pas laisser de traces. Ils
l'ont emmené dans une maison qui lui était réservée.
(...)
-Très bien! Admettons que le rôle et les déplacements de
Sarti en compromettent d'autres. Mais la question du règlement, ça
ne fait de mal à personne, non? (...)
-Il a été payé avec de la drogue.
-Quelle sorte de drogue?
-J'ai dit que je ne répondrais à rien d'autre.
-Quelle sorte de drogue, merde!
Il me regarde dans les yeux, avant de lâcher: De l'héroïne.
-Est-ce parce qu'il était un trafiquant?
David agite le doigt pour faire signe que non.
-Il n'était
pas dans le trafic, à l'époque. II a été paye en
héroïne parce que c'était ce qui tenait lieu d'argent liquide
dans le milieu.
-Combien a-t-il reçu?
Nouvelle réaction de recul de David:
-Ça en compromettrait
d'autres, répète-t-il. (...)
-Je veux tout savoir, lui dis-je. Commençons par Sarti et le Mexique.
-Il a passé quelques semaines à Mexico, raconte David tandis que
j'attrape mon bloc-notes. Pas plus d'un mois, j'en suis sûr. Puis on l'a
conduit à Brownsville.
Il ne se souvient pas de la marque de la voiture, ce qui aurait été un élément vérifiable. J'essaie autre chose:
-D'où Sarti
a-t-il tiré?
-Du pont, réplique-t-il.
La précision de sa réponse me stupéfie.
- Le pont de la voix ferrée qui enjambe Elm Street, tu veux dire?
Mais il secoue la tête.
-Non, pas du pont,
corrige-t-il. Il voulait tirer du pont, mais, le matin du contrat, il l'a trouvé
gardé. Il y avait une petite butte près du pont, avec-une clôture
en bois. Il s'est mis derrière la clôture pour tirer.
-Combien de fois?
-Une seulement.
-Ainsi, fais-je remarquer, le président a reçu une balle par-devant.
-On lui a tiré dessus par-devant et par-derrière, précise
David. C'était un feu croisé. Il y avait quelqu'un dans un immeuble
derrière.
Il ne sait toutefois pas quel bâtiment.
-Ils ont passé quelques jours d'abord à prendre des photos, en touristes, raconte-t-il. Ils photographiaient le jour et étudiaient les photos la nuit, pour voir comment obtenir le feu croisé le plus efficace possible. C'était mathématique...Ils ont arrangé ce coup mathématiquement.
Comme je repose une nouvelle fois la question de l'immeuble, il me répète qu'il ne sait pas duquel il s'agit.
-Je sais seulement que Sarti n'était pas dans l'immeuble, ajoute-t-il. Il était dehors, sur la butte. (...)
Encouragé par son attitude, j'en profile pour revenir à l'assassinat. Je sors la photo de l'assassinat réalisée par Mary Moorman et la pose sur la table.
-Regarde. Voici le président, tu vois sa tête...Là, il y a la colline avec la clôture en bois...
David chausse ses lunettes et se penche sur le cliché.
-Beaucoup de témoins ont dit avoir entendu tirer dans cette direction...
Il prend mon crayon et le fait courir le long de la clôture.
-Regarde, fait-il, en indiquant une silhouette derrière la clôture. Voilà Sarti...On le distingue très bien.
Un des gros problèmes de cette photo est que, justement, on ne distingue personne avec une netteté suffisante. Pourtant, David indique maintenant l'endroit où des enquêteurs ainsi que la Commission sur les assassinats ont repéré la présence d'un assassin. Repensant à un passage du livre de Thompson, j'avance:
-Il avait un pistolet?
-Non, un fusil. C'était trop loin pour un pistolet.
-Mais il n'y avait qu'une quinzaine de mètres, dis-je.
-Non, beaucoup plus, rétorque-t-il, et il a raison.
Puis il me lance un regard en coulisse et ajoute:
-Tu sais, on tire beaucoup mieux avec un il qu'avec les deux...
C'est le genre d'aparté que j'ai appris à reconnaître. Je lui demande de préciser.
-Il n'y a pas de comparaison, affirme-t-il. Un borgne tire mieux parce qu'il n'est pas distrait par la vision de l'autre il.
La note que j'ai relevée à << France-Soir >> me revient à l'esprit: Sarti n'avait qu'un il. (...)
S'il tirait mieux que David, qui avait la réputation d'être un excellent tireur, il devait être exceptionnel, dis-je. Justement, pour David, il était l'un des meilleurs tireurs qu'il ait jamais vus.
A ce moment-là, je décide de lui montrer la vue aérienne de Dealey Plaza pour qu'il m'indique de nouveau l'endroit précis d'où Sarti a tiré. Avec un soupir résigné, il chausse ses lunettes. (...)
-Je sais que Sarti
n'était pas à l'intérieur, répète-t-il. C'était
un feu croisé...avec trois fusils.
-Trois?
Je n'en reviens pas.
-Deux se trouvaient dans les immeubles de derrière. Un en haut, l'autre en bas...presque à l'horizontale.
C'est une idée chère à Gary Shaw, mais qui, jusque là. était purement théorique. Je lui demande s'il est sûr de ce qu'il avance.
-Absolument, confirme-t-il. Tiens, les blessures...A moins de savoir qu'une des balles a été tirée presque à l'horizontale, tu ne peux pas piger les blessures. Sans ça, les blessures ne se comprennent pas.
J'indique les fenêtres d'où Oswald est censé avoir tiré. Il se met alors à reconstituer la scène.
-Il y avait trois tireurs, raconte-t-il lentement, d'un air presque détaché. C'était un feu croisé avec trois fusils...Il y a eu quatre coups de feu. Le premier est venu par-derrière et a atteint Kennedy dans le dos. Le deuxième a été également tiré par-derrière et a touché l'autre personne qui était dans la voiture. Le-troisième coup a été lire par-devant. Le quatrième venait également de derrière, mais il a complètement raté la cible. La voiture était trop loin. Deux des balles ont été tirées simultanément ou presque.
Malgré mes questions, il refuse d'en dire plus. Je passe alors aux armes. Avec beaucoup de réticences ' finit par lâcher cette révélation:
-Sarti s'est servi
d'une balle explosive. Il était le seul des trois à avoir ce type
de munitions.
-Mais...pourquoi? dis-je, ahuri.
Un sourire narquois aux lèvres. David reste muet. (...)
-Peux-tu me dire
ce qui s'est passé après?
-Après un truc de ce genre, il y a toujours un moment-de panique. Il
faut en profiter pour s'éclipser rétorque-t-il en soulignant certains
mots de gestes éloquents. Mais il y a une chose à éviter,
c'est les routes Alors, ils sont retournés à leur planque, où
ils sont restés une dizaine de jours, deux semaines peut-être jusqu'à
ce que ça se tasse. Après ça, ils ont quitté tranquillement
le pays.
-Comment ont-ils fait pour retourner au Mexique?
-Pas au Mexique, ils sont allés au Canada. Ils avaient au Canada des
contacts importants, qui avaient l'habitude de faire passer la frontière
aux gens.
-A Montréal?
-Oui, confirme-t-il. C'était là qu'ils avaient leurs contacts.
(...)
[Poursuite de l'enquête et apparition d'un mitre homme clef, Michel Nicoli, extruand lui-même, << retourné >> par la police américaine et, depuis lors, << protégé >> par elle Rivele finit par le rencontrer << quelque part >> aux Etats-Unis.]
-Connaissez-vous
le nom des deux autres tireurs, mis à part Sarti?
-Je m'en doute, fit-il en souriant vaguement.
-II me faut un nom au moins, insistai-je. David croit qu'un des deux est toujours
en vie. Je veux son nom. (...)
Mon bloc était ouvert sur la table, entre nous, un stylo posé sur la page. Il tendit la main, tourna le cahier vers lui et écrivit. Puis il le poussa vers moi. Au milieu de la page, d'une petite écriture soignée, un nom était indiqué: Roger Bocognani.
Je restai silencieux. J'avais du mal à croire qu'après tout ce temps j'avais enfin obtenu ce que je voulais.
J'essayai de prononcer le nom et Nicoli m'aida.
-Je n'ai jamais
entendu parler de lui. articulai-je enfin.
-C'était un membre de la bande à Sarti. Il est toujours en vie
ou, du moins, je n'ai jamais entendu dire qu'il était mort. Il était
un ami de Sarti. avec quelques années de moins, mais c'étaient
des amis d'enfance. H était dans le trafic.
Je l'interrogeai sur le troisième.
-Je n'ai jamais
vu son vrai nom, répondit Nicoli. On l'appelait << le Blanc >>
et je n'ai jamais su qui il était vraiment. On ne pose pas de questions,
vous savez. Si quelqu'un ne veut pas dire comment il s'appelle, vous n'avez
pas à le savoir.
-C'était quel genre?
-Un grand type, très dangereux. Il n'était pas'tellement dans
le trafic en Amérique du Sud. Il habitait l'Europe. Il appartenait, lui
aussi, à la bande Sarti et il était également l'un de ses
amis d'enfance.
-Le Blanc est-il toujours vivant?
-Disons que, là encore, je n'ai pas entendu dire qu'il était mort.
Pour autant que je sache, il est toujours en vie et habite Marseille.
Le Blanc était-il corse? Non, pas d'après Nicoli. Je voulus savoir
ensuite comment Nicoli avait appris qu'ils étaient les assassins de Kennedy.
-Un soir, nous étions ensemble, raconta-t-il. C'était dans un
bar à Buenos Aires, à la fin de 1965, II y avait David, Sarti,
Bocognani et moi. La conversation est venue sur l'assassinat de Kennedy. Sarti
a indiqué Bocognani du menton et a dit: << Vous savez, on y était.
>> David a demandé: << Où? >> Et Sarti a répondu:
<< A Dallas. >> Moi, je ne posais jamais de question, ce n'était
pas mes affaires. Mais David, qui était un bavard, a commencé
à leur demander des détails. J'ai écouté et c'est
comme ça que j'ai su.
-Et le troisième homme, le Blanc? Comment avez-vous su, pour lui?
-Nous en avons parlé à plusieurs reprises, et Sarti n'a pas caché
qu'il y avait quelqu'un d'autre, sans dire qui c'était. Plus tard, j'ai
eu affaire au Blanc séparément, et à partir de choses qu'il
a dites, d'expressions du visage et de gestes, j'ai conclu qu'il était
le troisième. En plus, ils étaient toujours ensemble, ils faisaient
tous leurs coups ensemble. Un jour, j'ai demandé à David si (
le Blanc avait été dans le coup,
et David m'a répondu qu'il pensait que oui. (...)
-D'après
David, ils sont été payés en héroïne.
-C'est aussi ce que j'ai compris. Au début, poursuivit-il, ils ont débarqué
tous les trois chez moi à Buenos Aires - Sarti, Bocognani, le Blanc.
Ils possédaient une grosse quantité d'héroïne et ils
m'ont demandé de l'écouler pour eux. J'étais surpris parce
que ce n'était pas dans leurs habitudes, mais je n'ai pas posé
de questions. J'ai fait l'échange et je leur ai donné leur argent.
Sarti et Bocognani restèrent en Amérique du Sud. C'est là
qu'ils ont débuté dans le trafic. Le Blanc est rentré en
Europe. (...)
[Christian David jure avoir consigné sur quelques feuilles de papier tout ce qu'il sait de l'affaire. L'enveloppe est entre les mains de son avocat, M" Henri Juramy. Rivele, convaincu désormais que le Blanc n'est autre que Sauveur Pironti, trafiquant notoire, rêve de pouvoir un jour ouvrir l'enveloppe.]
Les derniers développements m'ont d'autant plus convaincu de l'importance de la déposition écrite de David. Nous avons peut-être là une chance de résoudre le mystère qui entoure l'assassinat. >vembre 1988 marquant le 25e anniversaire de la nort^du président, ce serait l'occasion rêvée de le evoiler. Ne pourrait-il envisager de modifier sa position concernant l'enveloppe?
Juramy se lève, va dans la chambre et revient, avec, à la main, la grande enveloppe brune. 11 en sort la blanche qu'il brandit. (...)
Il pose l'enveloppe sur la table, près de mon assiette. Je la prends d'un air distrait, la retourne. Comme le bulletin télévisé de 11 heures va commencer, Juramy se lève, allume l'appareil et se tient à côté pour regarder.
L'enveloppe brune est près de mon assiette, épaisse, pliée en deux. Etant donné le vin que nous avons bu et l'heure tardive, si j'en extrais la blanche, Juramy ne s'en rendra peut-être pas compte.
Je mets l'enveloppe sur mes genoux pendant que tout le monde a les yeux braqués sur la télévision. Au bout d'un moment, je la laisse tomber sur le sol. Elle reste posée contre le pied de ma chaise. Si jamais Juramy remarque sa disparition, elle semblera avoir glissé accidentellement par terre. (...)
[Rivele rentre chez lui avec l'enveloppe]
A plusieurs reprises dans la nuit, j'ai la tentation de l'ouvrir. Il faut que je sache ce qu'elle contient, que je lise les noms, que je découvre enfin qui a été l'instigateur de la mort du président Kennedy. Tout est là, tout ce pour quoi je me bats, tout ce pour quoi j'ai sacrifié ma vie. Il suffirait de tendre la main.
Mais qui sait? Et si c'était là simplement la plus habile des ruses? Et si j'allais "compromettre mon intégrité pour quelques feuilles de papier vierge?
A l'aube, je sens, plutôt que je ne sais, ce que je dois faire. Je prends l'enveloppe et j'écris quelques lignes à Juramy, répétant ses propres paroles. En effet, je suis fasciné par l'enveloppe. Je me souviens qu'il ne l'a pas ouverte lui-même parce qu'il est un honnête homme. Pour ma part, je ne l'ai pas ouverte parce que je suis un sot.
Je glisse l'enveloppe de David dans une autre, que j'adresse à Juramy et sur laquelle j'inscris << Urgent >> et << Personnel >>, puis je m'habille, prends mes bagages et dévale l'escalier en spirale. Le boulevard baigne dans une lumière grise. Je me hâte en direction du métro, j'espère attraper la première rame de la matinée. Durant le long trajet jusqu'au bureau de Juramy, j'essaie de ne pas penser. Quand j'arrive place Victor-Hugo, les réverbères commencent juste à s'éteindre.
Je sonne, et la concierge me fait entrer. Je monte au deuxième étage où Juramy a son bureau, et je frappe. Pas de réponse. Je me penche et je glisse l'enveloppe sous la porte. Les gestes les plus simples sont parfois les plus importants.
Je ramasse mes sacs et je reprends le chemin du métro. Le parcours est long jusqu'à l'aéroport, et je ne puis prendre le risque de rater mon avion. Après tout, mon fils m'attendait. Il était temps pour moi de rentrer à la maison.
English Translation
Extracts from Steve Rivele's Book